Pourquoi des experts démissionnent de l’Afssaps ?
Posté par medicaments le 27 janvier 2012
Près d’un mois s’est écoulé, mais la colère n’est toujours pas retombée. Confrontés à une situation proprement ubuesque de la part d’une agence sanitaire qui cherche avant tout à se protéger, le chef du service des maladies infectieuses du CHU de Grenoble ne décolère pas. Celui-ci fait partie de la quarantaine d’experts du groupe de travail sur les anti-infectieux qui, début décembre, ont décidé de démissionner collectivement de leurs fonctions auprès de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS).
Cette démission de la quasi-totalité des experts d’un groupe de travail fait suite à la décision de l’AFSSAPS de ne pas reprendre à son compte les recommandations de bonnes pratiques relatives à « L’antibiothérapie par voie générale en pratique courante dans les voies respiratoires hautes de l’adulte et de l’enfant ». Ces recommandations avaient été élaborées par un groupe d’experts mandatés par l’agence. Ces collègues avaient fourni un très gros travail, pendant une année entière et de manière évidemment bénévole, et ils ont été légitimement ulcérés par la décision de l’Afssaps de ne pas mettre en ligne leurs recommandations.
Mais pour l’AFSSAPS, on met en avant le fait que plusieurs experts ayant participé à la conception de ces recommandations ont des liens d’intérêts avec des firmes pharmaceutiques concernées. Il ne donc à priori s’agit pas d’une question de morale mais d’engagement dans l’indépendance et la responsabilité que doit garantir l’Agence dans ses décisions.
Mais dans une lettre datée du même jour au numéro 1 de l’AFSSAPS, ces experts soulignent que tous les membres de ce groupe de travail avaient déclaré à l’époque leurs liens d’intérêt suivant les règles alors en vigueur à l’Agence. Il est en ce sens difficilement acceptable ue les règles appliquées pour évaluer les conflits d’intérêts aient été changées entre le début de l’élaboration de ces recommandations et la fin (quelques mois). Cette décision repose sur la base d’une anticipation d’une loi non encore votée, non publiée dans sa forme définitive et de décrets d’application qui le sont encore moins, en faisant bien sûr référence à la loi sur le médicament finalement adoptée fin décembre de l’année dernière.
Ce refus de l’AFSSAPS est d’autant plus incompréhensible que le texte de ces experts vise à recommander l’utilisation d’antibiotiques simples, anciens et tous génériques. On se demande donc où peuvent se nicher les liens d’intérêts dans cette histoire.
Pour beaucoup, l’AFSSAPS fait une nouvelle fois fausse route. Car il peut sembler logique que des experts aient des contacts avec les firmes qui fabriquent les médicaments. Le fait d’être invité à un congrès ne fait pas d’un médecin un « professionnel détourné de sa mission première de santé ». La suspicion qui plane aujourd’hui sur l’expertise est très difficile à vivre et risque de mener beaucoup de professionnels dans l’impasse.
La Belgique a connue le même mouvement de défiance vis à vis de leurs experts de santé, il y a quelques années. Ils sont allés au bout du balancier et ils en sont revenus car ils ne trouvaient plus d’experts pour faire des recommandations.




